• Vespère de Savi
    Hypsugo savii Bonaparte, 1837
Vespère de Savi en vol © Y. Peyrard

Quelques données chiffrées

Nombre total de données et types de contacts



Nombre total de gîtes et périodes d'occupation


Première mention en Rhône-Alpes

La première mention régionale pour le vespère de Savi a été réalisée par identification d’une mandibule en 1970 dans une pelote de réjection d’effraie des clochers sur la commune de Sandrans dans l’Ain. La première mention d’un individu vivant date du 22 juillet 1988 au cirque de Saint-Même (Isère – Savoie), où Jean-François Noblet capture un mâle.

Distribution actuelle

État des connaissances sur la répartition du Vespère de Savi

Le vespère de Savi est une espèce à distribution eurasiatique présente sous les latitudes tempérées de l’Europe de l’ouest jusqu’au nord de l’Inde, principalement en zone méditerranéenne. En Rhône-Alpes, sa répartition est relativement hétérogène sur le territoire et l’espèce semble intimement liée aux massifs montagneux pour se faire plus rare sur les zones de plaines. Bien présente dans le sud de la région, elle l’est moins vers le nord-ouest. Le vespère de Savi est principalement contacté de l’étage planitiaire à l’étage montagnard. Certaines observations ont par ailleurs été réalisées à des altitudes élevées (2200 mètres).

Il est à noter que 69 % des données ont été réalisées en dessous de 750 mètres d’altitude et que 28 % proviennent de la tranche altitudinale 250 – 500 mètres, ce qui semble attester de ce préférendum altitudinal.

La répartition altitudinale des gîtes de cette espèce suit assez fidèlement la répartition des observations en activité avec plus de la moitié des gîtes recensés à une altitude inférieure à 500 mètres (n=27). Il est toutefois important de préciser que la connaissance des gîtes de cette espèce « fissuricole » et rupestre est aujourd’hui encore très lacunaire en Rhône-Alpes comme l’illustre le faible nombre de gîtes connus en comparaison du grand nombre de données en activité.

La répartition du vespère de Savi en Rhône-Alpes montre un clivage selon un axe nord-ouest / sud-est avec quelques rares données dans la Loire (massif du Pilat) ou le Rhône (monts du Lyonnais) et une forte présence dans la Drôme, le sud de l’Ardèche et le sud de l’Isère. Cette espèce affiche une préférence pour les massifs possédant des falaises et délaisse les grandes plaines où elle reste cependant contactée de manière anecdotique. Dans les hauts massifs de la région, elle est principalement observée dans les vallées (Maurienne, Tarentaise, vallées de l’Arve, du Drac, de la Romanche, etc.).

Portrait d'un vespère de Savi

Evolution des connaissances et des effectifs en Rhône-Alpes

Les connaissances sur le vespère de Savi sont relativement récentes, avec les premières données qui datent des années 1970. Celles-ci concernaient essentiellement des cadavres et des restes osseux. Les premières données d’observations d’individus vivants viendront bien plus tard à l’occasion de captures réalisées à partir de 1988. La connaissance de l’espèce progresse fortement depuis 2005 où le nombre annuel de données passe de moins de 45 à plus de 90. À ce jour, la majorité des contacts avec cette espèce est issue d’inventaires réalisés au détecteur d’ultrasons. À ce titre, il est important de souligner l’importance de cette technique dans la contribution des connaissances sur le vespère.

Pour autant, en termes d’effectif, il est aujourd’hui impossible de réaliser des estimations de taille de population. De même, si sa répartition est aujourd’hui bien définie, les gîtes de parturition restent pour la plupart inconnus au moment de la réalisation de cet ouvrage. Des indices de reproduction (femelles gestantes ou allaitantes) ont cependant été notés en Isère, Savoie, Drôme et Ardèche.

À l’échelle de la région, les prospections menées sur les secteurs les moins connus ont permis d’étendre la distribution effective de l’espèce. On note un gain de 175 mailles depuis 2001 (240 mailles sur 519), soit une progression qui permet d’atteindre 46,2 % de couverture relative de la région.

Acquisition des données en Rhône-Alpes

Les différences de pression d’observation et la répartition géographique de l’espèce contribuent à un niveau de connaissance du vespère de Savi en Rhône-Alpes relativement hétérogènes. Trois départements cumulent à eux seuls près de 78 % des données avec par ordre d’importance décroissante la Drôme, l’Isère et l’Ardèche. Comme précisé précédemment, la majorité des observations est issue d’inventaires réalisés au détecteur d’ultrasons qui correspond à 74 % des données totales.

Phénologie d’observation en Rhône-Alpes

Les observations de l’espèce en activité dans la région commencent dès la mi-avril et vont jusqu’au début du mois d’octobre avec un maximum au cours de la seconde quinzaine du mois de juillet. La période optimale de contacts avec cette espèce s’étend de la seconde quinzaine du mois de juin à la fin du mois d’août.

Le ratio de capture mâles / femelles est assez contrasté avec en moyenne 2,56 mâles capturés pour une femelle. Les premiers jeunes sont observés dès la seconde quinzaine du mois de juillet, mais le maximum d’observations a lieu vers la mi-août et se poursuit jusqu’au début du mois de septembre. Ce pic d’août marque probablement la pleine période d’envol et d’émancipation des jeunes. De même, une différence marquée (et pour l’heure sans explication) est également constatée vers la fin du mois d’août avec l’observation de cinq mâles pour une femelle. Cette disproportion pourrait s’expliquer par un regain d’activité des mâles en période de recherche de partenaires sexuels.

Gîtes utilisés par l’espèce en Rhône-Alpes

Vespère de Savi derrière un volet

Pour l’ensemble de la région, nous disposons à l’heure actuelle de 1479 données au sein desquelles on recense 46 gîtes où l’espèce a été observée. Au regard des phases du cycle biologique des chauves-souris en région tempérée, la répartition des données d’observation au gîte sur la région se présente comme suit : 13 en période hivernale (soit 28 % des gîtes connus), 9 en période estivale (19,5 %) dont 6 utilisés pour la reproduction, 8 en période de transit printanier (17 %) et 17 en période de transit automnal (36,9 %). À noter que la mise en parallèle du faible nombre de gîtes avec le nombre important de données régionales met clairement en évidence une importante lacune dans la connaissance des gîtes pour cette espèce en raison de sa discrétion.

Parmi les gîtes occupés par le vespère de Savi, deux types sont dominants : les gîtes en milieu bâti avec 52 % des données et les gîtes souterrains avec une représentativité d’un peu plus de 30 %. Malgré un effort de prospection important visant les ouvrages d’art, les données dans ce type de structures sont rares et laissent supposer une faible utilisation de ces derniers. Les gîtes connus en milieu bâti sont principalement représentés par les espaces offerts derrière les volets ouverts, ceux ci pouvant être utilisés par l’espèce tout au long de l’année. Les gîtes souterrains sont quant à eux principalement utilisés aux périodes de transit et pour l’hibernation. Il n‘y a à ce jour aucune donnée en période estivale pour les gîtes hypogés. Les autres données au gîte de vespère de Savi restent marginales, elles concernent quelques rares ponts et des falaises. Plus spécifiquement en ce qui concerne ces dernières, peu de gîtes y sont aujourd’hui connus alors que cette espèce est réputée rupestre (Arthur & Lemaire, 2009). Ceci illustre incontestablement nos limites techniques de prospection liées à l’accessibilité de ce type de milieu.

En période hivernale, le peu de données collectées ne concerne que des individus isolés ou des effectifs très faibles, inférieurs à trois individus. Les gîtes occupés au cours de cette période sont principalement des milieux souterrains (n=8), quelques gîtes en milieu bâti (n=7) (dans les caves notamment) et en falaise (n=1). Dans l’Ain, la seule donnée de l’espèce au gîte réside dans l’observation d’un individu en hibernation dans les disjointements d’un pont.

En période estivale, la majorité des gîtes est représentée par les arrières de volets de bâtiments avec huit gîtes sur les 12 connus. Tout comme pour la période hivernale, les effectifs observés sont très faibles avec des fluctuations entre un et trois individus pour les gîtes sans reproduction apparente.

Très peu de gîtes de reproduction sont connus pour les vespères de Savi en Rhône-Alpes avec seulement six cas constatés à ce jour. Trois sont situés dans le département de la Drôme, deux en Savoie et un en Isère. La totalité de ces gîtes est en milieu bâti, derrière des volets, et est située en plaine dans des secteurs proches de massifs montagneux. La taille des colonies qui les occupent varie, avec des effectifs compris entre cinq et une quarantaine d’individus. À ce jour, il n’existe aucune preuve de reproduction en falaise, ce qui relève probablement d’un manque de connaissance.

Les données de gîtes occupés par le vespère de Savi en période de transit sont assez nombreuses au regard des autres périodes. Ces observations concernent des individus isolés sur des structures bâties, derrière des volets et dans des gîtes hypogés, naturels comme artificiels. Citons également un cas d’utilisation de gîte artificiel (nichoir) en Ardèche en mai 1999.

Le faible nombre de colonies de reproduction recensées semble manifestement plus lié à un défaut de recherche ciblée qu’à une absence de celles-ci, ce que tend à corroborer les divers résultats de captures avec observations de femelles allaitantes, gestantes ou de jeunes (n=67).

Habitats exploités en phase d’activité en Rhône-Alpes

Aucune étude sur l’exploitation du territoire ou sur le régime alimentaire du vespère de Savi n’a été menée en région Rhône-Alpes et les seules données sur cette espèce en activité concernent des résultats d’inventaires au détecteur d’ultrasons ou de captures au filet.

De nombreuses données ont été récoltées sur des cours d’eau larges de plusieurs mètres offrant des zones d’eau calme permettant à l’espèce de s’abreuver. Une autre part importante des données provient de captures réalisées sur des plans d’eau en altitude sur les massifs de la Drôme (Baronnies, Diois, Vercors) et sur lesquels cette chauve-souris s’avère très souvent majoritaire en nombre d’individus capturés. Cependant, les milieux aquatiques ne sont pas nécessairement les habitats de chasse privilégiés par cette espèce régulièrement contactée à plusieurs mètres au-dessus du sol et dans des milieux ouverts à semi-ouverts comme les garrigues du sud de la région. Quelques observations indiquent qu’elle exploite les turbulences aériennes provoquées par les ruptures topographiques où elle chasse les insectes pris dans ces vortex.

La répartition altitudinale du vespère de Savi en activité présente deux tranches altitudinales abondamment fréquentées par l’espèce, ce qui s’explique probablement par un biais de prospection. La première tranche est à basse altitude entre 250 et 750 mètres, la seconde, plus haute entre 1250 et 1500 mètres. Elle correspond aux captures réalisées sur les plans d’eau d’altitude.

Le ratio mâle / femelle est relativement équilibré entre 250 et 500 mètres et une diminution progressive de la proportion de femelles est constatée aux altitudes supérieures jusqu’à 2000 mètres où aucune femelle n’a été observée au moment de la réalisation de cet atlas. Ceci laisse supposer que l’espèce privilégie les basses altitudes pour l’installation de ses colonies de reproduction.

Menaces pesant sur l’espèce en Rhône-Alpes

Malgré un manque réel de connaissance, le vespère de Savi semble aujourd’hui abondant en région Rhône-Alpes et peu menacé.

Les lacunes dans la connaissance de l’espèce masquent probablement des menaces aujourd’hui mal évaluées concernant ses gîtes de reproduction. Ainsi, les colonies localisées dans des bâtiments sont soumises à un risque évident de dérangement par les propriétaires où les usagers (colonies derrière les volets notamment). Les très probables gîtes en falaises naturelles sont potentiellement soumis à des risques de dérangement voire de destruction du fait des démarches de sécurisation des falaises bordant les voiries et du développement des activités de plein air comme l’escalade ou la via-ferrata.

Une autre menace, aujourd’hui mise en évidence sur la région, est constituée par le risque de collision avec les éoliennes. Avec sept cas de mortalité recensés en 2010 lors d’un suivi réalisé sur deux parcs éoliens constitués chacun de deux éoliennes (Cornut & Vincent, 2011), les recherches ont montré une mortalité de chauves-souris relativement importante où le vespère est l’espèce la plus impactée après les pipistrelles.

Variations de couleurs chez le vespère

Variations de couleurs chez le vespère de Savi

Le vespère de Savi fait partie des espèces de chauves-souris qui arborent une robe contrastée et colorée sur trois tons. Les pointes dorées des poils lui donnent un aspect mordoré assez caractéristique. Toutefois, la coloration générale de cette espèce peut varier sensiblement. En effet, Arlettaz et al. (1993) ont distingué deux grands types de pattern, les individus bicolores et ceux unicolores. Au sein de ces catégories ils ont différencié plusieurs types de colorations indépendants de l’âge des animaux. Les captures assez nombreuses de cette espèce dans le sud de la région (Ardèche et Drôme), ont aussi permis de constater cette variabilité de pelage. Il reste cependant actuellement de rigueur de parler de différences phénotypiques intraspécifiques.

Protection de l’espèce en Rhône-Alpes

À ce jour, aucune action de protection spécifique au vespère de Savi n’a été mise en place en Rhône-Alpes. Toutefois, la protection de ses milieux de prédilection par la mise en place de divers outils réglementaires tels que les sites Natura 2000 et les réserves naturelles qui maintiennent ses habitats de chasse dans un bon état de conservation lui est favorable. Par conséquent, le réseau rhônalpin des aires protégées contribue, de manière fragmentaire, à la préservation des populations de vespère de Savi et de leurs habitats. Le réseau Natura 2000 recouvre quant à lui une part importante des habitats de l’espèce. L’application de mesures de conservation, à travers les outils disponibles (chartes ou contrats Natura 2000…) devrait garantir un bon état de conservation des gîtes et terrains de chasse nécessaires à l’espèce. La Trame Verte et Bleue constitue également une démarche territoriale qui répondra de manière complémentaire aux enjeux de conservation de cette espèce.

Vespère de Savi en train de boire © Y.Peyrard

Lacunes identifiées et actions à engager

Plusieurs lacunes sont évidentes dans la connaissance de cette espèce qui reste encore aujourd’hui mystérieuse en Rhône-Alpes, qu’elle que soit la phase de son cycle annuel. Ainsi, très peu de gîtes sont connus pour l’espèce, notamment ceux situés en falaises naturelles, tout particulièrement en période de reproduction. De même, les connaissances sur son territoire et ses comportements de chasse demeurent aujourd’hui très parcellaires en l’absence d’études télémétriques spécifiques.

Quelques-unes des actions à engager pour cette espèce, outre l’amélioration des connaissances, sont la sensibilisation des usagers des milieux rupestres (escalade, via-ferrata) au respect de la faune et de la flore sauvage présents sur les secteurs qu’ils fréquentent. En complément, la sensibilisation du grand public contribuera à la prise en compte de cette espèce en milieu bâti.