• Minioptère de Schreibers
    Miniopterus schreibersii Kuhl, 1817
Minioptère de Schreibers en vol © Y. Peyrard

Quelques données chiffrées

Nombre total de données et types de contacts



Nombre total de gîtes et périodes d'occupation


Première mention en Rhône-Alpes

Un individu est collecté aux grottes de la Balme en Isère en septembre 1877 par l’abbé Schingl. Il est actuellement conservé au Musée Muséum départemental des Hautes-Alpes.

Distribution actuelle

État des connaissances sur la répartition du minioptère de Schreibers

Le minioptère de Schreibers est une espèce afro-paléarctique dont la répartition européenne recouvre le pourtour du bassin méditerranéen jusqu’à la plaine du Danube et les contreforts du Caucase. L’espèce est aussi présente en Afrique de l’Ouest au sud du Sahara.

En Rhône-Alpes elle est mentionnée sur six des huit départements. Elle est cependant essentiellement observée dans l’Ain, l’Isère, la Drôme et l’Ardèche où, par ailleurs, des gîtes sont connus. Le minioptère n’a jamais été noté sur le département de la Loire et fait l’objet de seulement deux observations datant de 1959 dans une mine du département du Rhône. En Haute-Savoie, deux observations relatent la présence de l’espèce dans une grotte en 1961 ; les données récentes concernent des contacts acoustiques d’individus probablement issus de la proche population jurassienne.

Les deux bastions rhônalpins de l’espèce sont d’une part les départements de la Drôme, de l’Ardèche et de l’extrême Sud de l’Isère et d’autre part les reliefs jurassiens de l’Ain et de l’Isle Crémieu. Ces noyaux sont respectivement rattachés aux populations du Sud de la France et de Franche-Comté. Le hiatus nord-sud observé est difficilement explicable notamment au niveau des contreforts préalpins (Chartreuse, Bauges, Nord Vercors) où des gîtes potentiels sont présents en nombre.

En phase d’activité, le minioptère est principalement une espèce des milieux de plaine et collinéens. Les observations réalisées à des altitudes inférieures à 750 mètres représentent 77 % du total. De manière saisonnière (fin d’été, automne), il exploite l’étage montagnard. Des individus y ont été régulièrement notés en activité de chasse, notamment sur les plateaux ou les crêtes du Vercors et du Diois et ce jusqu’à une altitude maximale de 1496 mètres.

Du fait de sa grande mobilité saisonnière, et de sa capacité à effectuer d’importants déplacements chaque nuit, le minioptère peut être contacté dans la plupart des milieux de la région

Portrait d'un minioptère

Évolution des connaissances et des effectifs en Rhône-Alpes

Groupe de minioptères en léthargie

La collecte des données s’étale sur une très longue période puisque le minioptère est l’espèce la plus anciennement citée sur la région (1877). Trois périodes peuvent être distinguées qui correspondent aux trois grandes phases de l’essor de la chiroptérologie en Rhône-Alpes. Avant 1970, une première période fournit un nombre relativement important de données collectées lors des opérations de baguage en masse. Il est important de noter que le minioptère est l’une des principales espèces (avec les murins de grande taille et le grand rhinolophe) à avoir fait l’objet de pose de bagues (voir la partie sur la pratique historique du baguage). Entre 1970 et 1999 les observations de l’espèce croissent progressivement, en lien avec le nombre grandissant de naturalistes s’intéressant aux Chiroptères. Au cours de cette période, la grande majorité des informations collectées provient alors d’individus observés au gîte où, du fait de son caractère grégaire et cavernicole, le minioptère passe difficilement inaperçu. Depuis l’an 2000, les connaissances sur le minioptère explosent littéralement suite à la modernisation des techniques de recherche. La généralisation de l’usage de la détection acoustique explique en partie cette progression exponentielle. En complément, la mise en place de programmes de suivi ou de protection sur des gîtes abritant l’espèce a, elle aussi, largement contribué à amplifier le nombre de données collectées.

L’estimation des effectifs de minioptère à l’échelle d’une région comme Rhône-Alpes est un exercice délicat, notamment du fait de la mobilité saisonnière des groupes. Son grégarisme, son caractère très sensible au dérangement ou encore sa propension à former des colonies mixtes avec d’autres espèces (murins de grande taille, murin de Capaccini…) constituent autant d’entraves au dénombrement précis des individus. La configuration des cavités qu’ils utilisent peut aussi renforcer cette difficulté. En outre, le calage des périodes de comptage sur la phénologie de l’espèce est primordial pour obtenir des résultats fiables.

En période hivernale, deux grottes, l’une dans l’Ain et l’autre dans la Drôme, rassemblent plus de 90 % des effectifs régionaux. Selon les années, on dénombre entre 14000 et 20000 individus répartis pour les deux tiers sur le site drômois. Les fluctuations importantes qui sont notées ne reflètent pas forcément une tendance régionale car les gîtes fonctionnent en «vases communicants» et l’approche démographique de cette espèce nécessite d’être menée à l’échelle interrégionale ou nationale. En l’état actuel des connaissances le minioptère se reproduit dans seulement deux cavités du département de la Drôme. Ces deux colonies de parturition rassemblent entre 7000 et 12000 femelles adultes selon les années.

Au moins trois cavités d’estivage, situées en Drôme et en Ardèche, sont fréquentées simultanément à l’occupation des deux cavités de parturition par quelques milliers d’individus. L’estimation simultanée des populations présentes dans les gîtes estivaux sans reproduction et celles dans les gîtes de parturition n’a pour l’instant jamais été réalisée avec précision.

Certains rassemblements en transit automnal comptent de 300 à 600 individus. Toutefois, le groupe présent dans la Réserve naturelle régionale de la galerie du Pont des Pierres (Ain) n’est présent que pendant un à deux mois, période centrée sur la mi-octobre.

Malgré les nombreuses données anciennes, on ne dispose que d’un faible recul sur l’état réel des populations de minioptère selon leur statut. Ceci doit inciter à la prudence sur les interprétations des observations. Si la distribution de l’espèce semble relativement vaste au regard des données en activité, l’espèce n’en demeure pas moins localisée si l’on considère les seuls gîtes occupés. Il est fort probable que la zone de distribution du minioptère se soit réduite au cours des cinquante dernières années. La désertion de gîtes en Haute-Savoie ou dans le Rhône, tout comme en Suisse et en Bourgogne (Roué & Sirugue, 2006), pourrait s’expliquer par une contraction globale de l’aire de l’espèce.

Les difficultés d’évaluation des effectifs globaux évoquées précédemment limitent les capacités d’analyse de la dynamique des populations. L’événement survenu durant l’été 2002, probablement d’origine pathologique, a occasionné une baisse certaine des effectifs sur la région et en France. En effet, la mortalité des adultes et la quasi absence de reproduction lors de cette saison-là ont eu pour conséquence un effondrement de la population française de près de 60 % (Roué et Némoz, 2002 ; Roué et Némoz, 2004) (voir encart).

Ces éléments nous amènent à considérer le minioptère comme une espèce vulnérable, au statut précaire.

Phénologie d’observation en Rhône-Alpes

Le minioptère est observé tout au long de son cycle annuel, les contrôles de cavités se faisant de manière répartie sur l’année, avec cependant quelques lacunes sur les périodes de transit. Les contacts obtenus, tant au détecteur d’ultrasons qu’en capture au filet, sont essentiellement limités aux périodes d’activité de l’espèce, soit de mai à septembre. Cette phénologie d’activité est cependant biaisée puisqu’elle correspond aux périodes de mise en œuvre de ces techniques par les chiroptérologues rhônalpins.

Bien que l’espèce soit considérée comme sédentaire (Arthur & Lemaire, 2009), les individus se déplacent beaucoup au cours de leur cycle annuel et effectuent régulièrement des déplacements de l’ordre de 100 kilomètres, déplacements pouvant être apparentés à des migrations saisonnières (voir la partie sur la pratique historique du baguage).

Acquisition des données en Rhône-Alpes

Colonie de parturition (image infrarouge)

L’utilisation de gîtes exclusivement cavernicoles rend le minioptère aisément observable. A contrario, c’est une espèce pour laquelle la capture au filet, hormis en sortie de gîte, reste sporadique. Ainsi, pendant longtemps, l’essentiel de la connaissance relative à l’espèce ne concernait que des observations au gîte.

L’avènement des techniques de détermination acoustique à la fin des années 1990, et la popularisation des détecteurs d’ultrasons par la suite, ont permis de collecter des informations complémentaires pour cette espèce, en particulier en phase d’activité nocturne. Il a alors été possible de mieux apprécier les milieux fréquentés.

La radio-télémétrie, bien que difficile à mettre en œuvre pour cette espèce rapide et mobile, a permis de suivre, en 2005 et 2006 dans le sud de la Drôme, plus de 20 individus en quatre semaines. Cette opération, réalisée dans le cadre du programme européen LIFE « conservation de trois Chiroptères cavernicoles du Sud de la France » à contribué à l’acquisition par l’acquisition de connaissances fondamentales sur l’écologie de l’espèce (Vincent, 2007 ; Vincent et al., 2011).

La pression de prospection accrue depuis dix ans est notamment sensible sur l’évolution de la répartition de l’espèce en phase d’activité. En effet, un gain de 52 mailles est noté sur la période. Le minioptère est présent sur 135 mailles sur 519 soit 26 % de la surface relative de la région.

Gîtes utilisés par l’espèce en Rhône-Alpes

Minioptère en léthargie

On note que les trois quart des gîtes sont localisés en dessous de 750 mètres. Seulement 11 sont situés au-delà de cette altitude. Trois d’entre eux, localisés dans la Drôme, abritent des groupes particulièrement importants.

Le minioptère est exclusivement troglophile. À quelques rares exceptions près, on le rencontre systématiquement dans les grottes naturelles ou les milieux souterrains artificiels (mines, tunnels, carrières souterraines…). Quelques observations nous renseignent sur la fréquentation possible de caves en milieu bâti ou plus exceptionnellement la voûte de ponts.

Les cavités utilisées en période hivernale sont globalement plutôt fraîches (environ 8° C). Ponctuellement, il arrive d’observer des individus isolés mais la plupart du temps des groupes de quelques dizaines d’animaux sont observés. Des effectifs de plus de 10 minioptères ont été notés dans 24 gîtes différents en hiver mais seuls quatre d’entre eux abritent régulièrement des rassemblements. Les plus importantes concentrations sont notées durant l’hivernage, comme dans cette cavité de la Drôme qui abritait près de 13000 minioptères en janvier 2012, effectif record pour la région. Régulièrement, les gîtes d’hivernage sont aussi fréquentés en période de transit automnal, mais l’effectif total hivernant peut arriver tardivement, généralement à la fin du mois de novembre. Les groupes en léthargie restent dans ces gîtes jusqu’à fin février, et dès le début du mois de mars, on observe leur dispersion vers les gîtes de transit. Le suivi mensuel d‘un site dans l’Ain a montré que des mouvements pouvaient également avoir lieu en pleine période hivernale.

Lors du transit printanier, les minioptères se dispersent dans de nombreuses cavités et les groupes observés sont moins populeux, entre 1000 et 1500 individus pour les plus importants. 30 gîtes différents connus sont fréquentés par des groupes de plus de 10 individus, seulement 16 gîtes par plus de 100 individus. À cette période, les cavités occupées semblent plus chaudes qu’en hiver mais nous ne disposons pas dans ces sites de relevés détaillés des températures. Les animaux peuvent rester tardivement sur certains de ces gîtes (première quinzaine de juin) et les quitter seulement au moment des mises-bas.

La reproduction de l’espèce est connue dans un tunnel de drainage et une grotte du département de la Drôme. Sur ces deux gîtes, l’effectif moyen de femelles noté sur les 10 dernières années est respectivement de 2300 (maximum de 4000) et 4200 (maximum de 7120). Les mises-bas ont généralement lieu la première quinzaine de juin et peuvent s’étaler jusqu’à la fin du mois. Ces gîtes servent aussi en période de transit printanier, dès le mois de mars. Les suivis réalisés ont par ailleurs montré que la plupart des adultes reproducteurs arrivent dans ces gîtes de parturition juste avant la mise-bas. Les effectifs maximums sont atteints durant la courte période de l’allaitement et les gîtes sont rapidement délaissés une fois les jeunes sevrés. Les juvéniles semblent rester dans ces cavités jusqu’à la fin de l’été.

Les suivis par télémétrie réalisés dans le sud de la région ont permis de mettre en évidence l’utilisation d’un réseau de cavités par les individus. Plusieurs des femelles suivies, bien que gestantes ou allaitantes, ont passé une journée dans d’autres gîtes, parfois éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres du gîte de parturition.

Il aura fallu mettre en place des suivis adaptés pour comprendre le fonctionnement de l’occupation de plusieurs gîtes en période estivale. Longtemps, pour un certain nombre d’entre eux, le statut de gîte de parturition était attribué par défaut. Mais c’est suite à des contrôles nocturnes dans la troisième décade du mois de juin que la plupart ont été qualifiés de gîtes d’estivage seulement. En effet, certaines cavités abritent des groupes de minioptères, parfois importants (1000 à 2000 individus), tout au long de la saison estivale sans pour autant faire office de nurserie. Il s’agit probablement de gîtes utilisés par les mâles et les femelles non reproductrices, ensuite rejoints par les femelles et les juvéniles. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’une fois la reproduction terminée, dès le début de juillet, les effectifs de ces gîtes augmentent brusquement.

Le nombre de gîtes d’estivage connu est de 17, essentiellement en Ardèche, Drôme et Isère. Dans l’Ain, les minioptères semblent quitter le département pour rejoindre des cavités de parturition de Franche-Comté, si l’on considère les informations issues des contrôles de bagues durant les années 1950-1960. Aussi, les quelques captures estivales récentes de femelles reproductrices dans l’Ain (Bugey, Bresse) confortent ce lien avec le département du Jura. Ces données demeurent cohérentes au regard du rayon d’action du minioptère en activité nocturne.

Un épisode de mortalité d’origine pathologique

Les suivis réalisés depuis plus de dix ans sur un gîte d’hivernage et un gîte de reproduction du département de la Drôme montrent nettement une inflexion de la courbe de suivi de la population suite à la mortalité observée en 2002 (Roué & Némoz, 2002 ; Roué & Némoz, 2004). La reconstitution des effectifs semble amorcée, néanmoins cet épisode de mortalité a aussi eu des conséquences sur l’occupation des gîtes par le minioptère. Consécutivement à l’été 2002, plusieurs gîtes ont été désertés ou fréquentés par des groupes aux effectifs diminuées (Ain et Drôme). Pour la plupart de ces gîtes, la situation observée en 2012 ne permet pas d’affirmer que les effectifs se sont reconstitués à l’égal de ceux antérieurs à 2002. Il est raisonnable de penser que cette espèce très grégaire a réagi à la diminution globale de ses effectifs en se concentrant sur les principaux gîtes « clés ». De même, il est probable que des sites d’hivernage franc-comtois soient encore, pour partie, délaissés en faveur du site dans l’Ain.

Habitats exploités en phase d’activité en Rhône-Alpes

Jusque dans les années 2000, la littérature ne renseignait que de manière très lacunaire les habitats de chasse de l’espèce. Les résultats du radiopistage conduit dans le sud de la Drôme ont permis de montrer que les minioptères exploitent des milieux très diversifiés pour se nourrir.

Par ordre décroissant de sélection, les zones de chasse mises en évidences au cours de cette même étude ont été : les zones urbaines éclairées artificiellement, notamment les alignements de lampadaires de lampes à vapeur de mercure, les forêts (feuillues ou mixtes), les vergers et les parcs ainsi que les zones de cultures ou les prairies bordées de haies, particulièrement durant les nuits ventées. Une différence notable de sélection des habitats a également été constatée selon le statut reproducteur des femelles. Ainsi, les zones urbaines sans éclairage nocturne et les cours d’eau ont été exclusivement utilisés par les femelles gestantes. Les forêts mixtes ou feuillues présentant des lisières ont été exploitées de manière plus importante par les femelles lactantes, alors que cette tendance était à la faveur des femelles gestantes pour les cultures bordées de haies ou de lisières forestières (voir figure «Habitats exploités en activité de chasse par les femelles»). Sur les zones de chasse, les éclairages nocturnes de couleur blanche étaient significativement sélectionnés, tout comme les haies supérieures à deux mètres de haut.

Lors de leurs déplacements entre le gîte et les terrains de chasse, les minioptères suivaient les structures linéaires du paysage, notamment les ripisylves. Les méthodes acoustiques ou de capture au filet ont par ailleurs permis de montrer que sur les Préalpes du Sud ou la bordure du Massif central, le minioptère chasse régulièrement sur des pelouses d’altitude (1500 mètres).

Les minioptères effectuent de très grands déplacements entre leur gîte et les zones de nourrissage. La moyenne observée lors des deux sessions de radiopistages en 2005 et 2006 est de 16,4 ± 5,7 kilomètres avec un maximum de 29,2 kilomètres. En corollaire, les surfaces des domaines vitaux individuels sont importantes. Une différence significative a néanmoins été constatée entre les femelles gestantes (9038,6 ± 5665,1 hectares) et les femelles lactantes (13672,1 ± 11310,9 hectares). Ainsi, il a été estimé que le domaine vital de la colonie suivie était d’environ 17000 hectares. Ces résultats corroborent ceux obtenus en Franche-Comté par Lugon et al. (2004).

En parallèle à cette étude des habitats de chasse, le régime alimentaire de la colonie a été étudié au cours d’une saison (Lugon, 2006). Ainsi, dans la Drôme, il est largement dominé par les Lépidoptères, constituant sur la période d’étude 94,7 % du volume des crottes. Les Diptères et les Nevroptères apportent une petite diversité des proies consommées avec chacun 2 % environ du volume des fèces.

Menaces pesant sur l’espèce en Rhône-Alpes

Minioptères en vol

Le minioptère de Schreibers est une espèce très vulnérable du fait de la concentration de ses effectifs dans un nombre limité de gîtes. On comprend aisément qu’un événement impactant un gîte puisse être lourd de conséquences sur une part significative de la population. Cette espèce craintive réagit de manière très importante à tout dérangement au gîte. La fréquentation humaine ou l’aménagement touristique des gîtes utilisés par l’espèce constituent donc une forte menace. Cet état de fait se comprend d’autant mieux que l’espèce exploite un réseau de gîtes très important pour l’accomplissement de son cycle annuel.

La stratégie de l’espèce reposant sur l’exploitation d’un très vaste territoire, on peut considérer qu’elle est modérément sensible aux modifications de ses habitats. Par ailleurs, il semblerait qu’elle soit relativement plastique et qu’elle puisse s’adapter à l’exploitation de milieux fortement anthropisés. Toutefois, la pérennité des populations repose sur une ressource trophique abondante. Une certaine qualité écologique des milieux est donc nécessaire à grande échelle, notamment en termes de production d’insectes proies. Des milieux fortement générateurs de Lépidoptères en particulier (forêts, vergers extensifs…), nécessitent d’être bien représentés au sein du domaine vital d’une colonie.

Les traitements insecticides à grande échelle constituent une réelle menace pour l’espèce.

La mise en sécurité d’anciens réseaux miniers ou de carrières souterraines reste une menace potentielle pour cette espèce, bien que l’essentiel des gîtes actuellement connus ne soit pas dans ces milieux souterrains. Des réseaux échappant à notre connaissance abritent peut être des groupes de minioptères. L’évaluation de l’intérêt chiroptérologique de ces gîtes potentiels s’avère essentielle lors de toute perspective de mise en sécurité.

Le développement de l’énergie éolienne semble aussi constituer une menace pour le minioptère. Les faibles retours d’expérience dont nous disposons ont permis de montrer que l’espèce était impactée. L’unique suivi de mortalité mené en Rhône-Alpes, avec des moyens permettant d’évaluer significativement l’impact des éoliennes sur les Chiroptères (Cornut & Vincent, 2011), a permis de découvrir un cadavre de minioptère en Drôme.

Plus de 40 ans de suivi des Chiroptères de la galerie du Pont des Pierres !

Ce 27 février 1969, un petit groupe de spéléologues du club de Bellegarde-sur-Valserine redécouvre la galerie souterraine dite « de Grammont » (ou du Pont des Pierres) à Montanges (Ain) et y observent des chauves-souris dont un minioptère bagué. L’information est rapportée à Jean-Louis Rolandez, naturaliste et spéléologue au même club. Une deuxième visite le 16 mars 1969 révèle la présence d’environ 90 minioptères et quelques grands rhinolophes. La « mèche » est allumée… À partir de mars 1972, Jean-Louis Rolandez initie le plus long suivi rhônalpin d’un gîte à minioptères avec, a minima, un comptage hivernal annuel. La barre des 350 individus est franchie en 1985 puis celle des 550 deux hivers plus tard. La surprise a dû être de taille lorsque 1400 minioptères sont dénombrés en janvier 1989. Entre janvier 1992 et janvier 2002, les effectifs hivernaux de minioptères fluctuent entre 1800 et 3000 individus estimés. Entre temps, en décembre 1997, la galerie du Pont des Pierres acquiert le statut de Réserve Naturelle Volontaire. Malheureusement, la forte mortalité qui a touché l’espèce à travers l’Europe en 2002 met un frein à cette situation et, dès l’hiver 2003 ce sont seulement 130 minioptères qui sont présents en hivernage dans le site.

En 2012, les minioptères restent présents en hivernage au Pont des Pierres mais avec des effectifs très réduits (10 à 40 individus) depuis 2003. Leur retour en nombre est attendu, et espéré, d’autant que depuis quelques années l’effectif en transit automnal progresse et atteint actuellement 550 individus. L’effectif des grands rhinolophes, quant à lui, a doublé depuis 1998 !

Protection de l’espèce en Rhône-Alpes

La protection de l’espèce nécessite de raisonner à grande échelle. Des actions de protection ciblées sur les habitats de chasse propres à l’espèce ne semblent pas être pertinentes au regard des surfaces concernées. Par ailleurs, le phénomène actuel de reconquête de la forêt semble être un élément favorable au minioptère. Une attention plus particulière mérite d’être portée sur les corridors et les routes de vol nécessaires à ses déplacements. Une réflexion à l’échelle des grandes structures paysagères favorables à l’espèce nécessite d’être prise en compte dans les documents de planification territoriale (PLU, SCoT, SRCE…).

La recherche d’efficacité implique de prioriser les actions de protection sur les gîtes occupés par le minioptère. Les actions engagées depuis quelques années déjà permettent de dresser un constat encourageant. Plusieurs gîtes majeurs pour l’espèce en Rhône-Alpes bénéficient de protections réglementaires ou contractuelles dont les deux gîtes de parturition et le gîte d’hivernage connus en Drôme (deux RNR, un APPB, cinq conventions avec les propriétaires). Certains de ces gîtes ont par ailleurs fait l’objet d’une limitation de la fréquentation humaine. L’essentiel des gîtes d’importance connus pour le minioptère sont intégrés au réseau Natura 2000. Il est intéressant de noter que la Réserve naturelle nationale des gorges de l’Ardèche contribue à la conservation d’un réseau de cavités pour le minioptère.

Colonie de minioptères dans la drome

Lacunes identifiées et actions à engager

Afin de mieux comprendre l’écologie de cette espèce sensible et difficile à étudier du fait de sa mobilité, il serait nécessaire de réaliser un travail sur la génétique des populations afin de mieux appréhender les liens existants entre les différents gîtes, voire entre les différents noyaux populationnels à l’échelle nationale ou internationale. Cette meilleure connaissance permettrait d’adopter des mesures de conservations adéquates.

Les gîtes ainsi que les effectifs en transit, tant printaniers qu’automnaux, sont encore mal connus. Un effort de prospection et de suivi particulier serait à porter lors de ces deux phases du cycle de l’espèce.

Dans l’Ain, l’un des deux principaux gîtes d’hivernage connus régionalement reste menacé du fait d’une fréquentation spéléologique régulière. En effet, cette grotte naturelle constitue un classique des traversées jurassiennes. Elle est notamment répertoriée dans des topoguides. Bien qu’un travail de concertation soit engagé avec les instances spéléologiques locales, une menace de dérangement persiste, en particulier par les spéléologues non fédérés. La mise en tranquillité saisonnière serait nécessaire afin de garantir la sérénité nécessaire à cet important groupe hivernant, sans compromettre la pratique spéléologique. Par ailleurs, ce gîte mériterait une protection réglementaire afin d’officialiser cette restriction de fréquentation. Une grotte du massif du Vercors, qui abrite des groupes de minioptères tout au long de l’année, reste également très vulnérable notamment du fait de sa connaissance locale et de sa proximité de Valence. Une protection de cette cavité serait nécessaire pour préserver à long terme son intérêt pour l’espèce.

Une forte responsabilité repose sur le département de la Drôme au regard des enjeux identifiés. Une démarche de protection des gîtes du minioptère est ainsi engagée depuis plus de 20 ans. La LPO Drôme et l’ONF sont actuellement co-gestionnaires d’une Réserve naturelle régionale sur un des deux gîtes de parturition connus. Une réflexion est actuellement menée entre la LPO Drôme et les services de la Région afin de classer une RNR «éclatée» qui intégrerait cette grotte et plusieurs autres sites majeurs pour cette espèce